Crise financière : l’auto-régulation et libéralisme à la dérive



Crise financière : l’auto-régulation et libéralisme à la dérive
Vous avez tous suivi, ce week-end, avec plus ou moins d'angoisse, la crise autour de la Banque Fortis ainsi que la mobilisation générale non seulement du Gouvernement belge mais aussi des Gouvernements hollandais et luxembourgeois pour sauver cette institution. A la crise de Fortis a succédé, ce lundi, la crise de Dexia, qui a mobilisé également ces mêmes gouvernements.

11 milliards de liquidités ont ainsi été injectés dans Fortis par les Gouvernements du Benelux. L'Etat belge apporte, quant à lui, 4,7 milliards d'euros et devient ainsi l'actionnaire majoritaire. On peut parler d'une renationalisation, terme tant honni par les libéraux… Dexia "reçoit" 6,4 milliards d'argent public dont 2 milliards répartis entre le Fédéral et les Régions.

Renationalisations qui se déroulent en Belgique mais aussi en Grande-Bretagne, en Allemagne et aux Etats-Unis… Une belle revanche d'un pouvoir public qui reprend pied dans un secteur financier complètement dérégulé ? Ou une nationalisation des pertes après une privatisation des profits ? Ou encore, l'Etat cantonné dans le rôle d'un simple pompier temporaire ? C'est trop tôt pour le dire mais ce qui est sûr c'est que ces opérations comportent un risque réel (l'Etat garantit l'emprunt) et la charge d'intérêts pèsera sur le budget de l'Etat et donc sur ses contribuables. L'avenir nous dira si une plus value pourra être réalisée à moyen terme et si les dividendes couvriront les 240 millions de charges d'intérêts qui pèseront sur le budget 2009.

Si tous les partis soutiennent ce plan de sauvetage, ils ne le font pas tous pour les mêmes raisons, n'en font pas la même analyse ni ne proposent les mêmes solutions.

En effet, Si le PS soutient ces recapitalisations, c'est avant tout pour sauver les épargnants, les détenteurs de produits "communs" comme les assurances-vie, l'épargne pension, les prêts hypothécaires qui ont fait confiance à Fortis et à Dexia en y déposant leurs économies tout en pensant que le management allait les gérer en bon père de famille. Pour sauver aussi les indépendants et les PME qu ont contracté des emprunts dans ces banques et 35.000 travailleurs. Enfin pour éviter "l'effet domino" et comme le dit Elio Di Rupo, pour éviter un tsunami financier » qui aurait des répercussions plus dramatiques encore sur l'économie belge mais aussi européenne.

Si les socialistes soutiennent ces recapitalisations, ce n'est pas pour sauver les BANQUES en tant que telles. En effet, le PS ne veut pas sauver ces banques qui ont « joué » de manière plus qu'imprudente avec l'argent du petit épargnant et qui ont vu plus gros que leur ventre en rachetant des banques d'affaires. De même, nous ne voulons pas pérenniser un système qui permet à une banque telle que Fortis d'offrir de manière indécente des primes, des parachutes dorés et des augmentations de salaire aux anciens patrons qui, par leur gestion, ont pourtant mené Fortis à la quasi faillite.

Par appât du gain immédiat, elles ont risqué à outrance l'argent confié (notamment) dans des fonds spéculatifs à très haut risque. Les bénéfices nets de Fortis pour 2007 ont été de 4 milliards d'euros, répartis majoritairement entre le management et les gros actionnaires. Quatre milliards d'euros pour les administrateurs et gros actionnaires, c'est le côté profit.

Pour les pertes, ce n'est pas dans les mêmes poches que l'on va chercher l'argent: pour les pertes, il s'agira de la poche des contribuables. En tant que socialiste, je ne peux accepter cette criante injustice et continuer demain avec les règles actuelles comme si rien ne s'était passé. Donc, devant cet échec total d'une gestion avec des responsabilités flagrantes du management, il faudra que les patrons rendent des comptes ! Il faudra aussi que notre « agent de surveillance belge », la CBFA vienne s'expliquer. Il faudra que des règles soient prises afin qu'un système bancaire éthique émerge enfin, que le salaire des patrons soient limités, que ces patrons ne soient pas gratifiés en cas de gestion désastreuse, que le contrôle de la CBFA devienne effectif et que des responsabilités soient assumées.

Comment en est-on arrivé là ?

Le présent billet ne peut pas résumer la complexité et toutes les dérives qui découlent de l'économie financière. Je tiens simplement à réexpliciter les positions que nous les socialistes nous tenons depuis des mois, des années et que n'ont jamais voulu entendre ni les libéraux ni, parmi eux, les banquiers.

Ils s'en sont moqués, ils l'ont caricaturé et maintenant ils appellent au secours.

Dans la vision socialiste, l'économie de marché a aussi et surtout pour but d'améliorer le bien-être général en veillant aux besoins légitimes des ménages, des entreprises et des pouvoirs publics.
Il s'agit d'une économie de production qui permet l'élévation du niveau de vie au moyen de la redistribution des richesses et le financement des protections sociales. Ainsi, les marchés financiers ont pour vocation de soutenir l'économie réelle en fournissant des capitaux.
Le secteur financier doit être au service de cette économie.

Or c'est l'inverse que l'on constate depuis de très (trop!) nombreuses années. C'est la bourse qui dirige l'économie, c'est le capitalisme débridé. La toute grande majorité des transactions sont des transactions spéculatives, sans aucun intérêt pour l'économie réelle. Des profits spéculatifs plantureux qui ne bénéficient qu'à quelques uns et qui, pour les autres, constituent de véritables drames économiques et sociaux. De plus, ces profits échappent à toute solidarité redistributive, car ils sont peu taxés. C'est en quelque sorte l'économie casino déconnectée de toute réalité : pensez, par exemple, au trader de la Société Générale de Banque motivé par la perspective de prime de rendement (pourcentage) qui a joué 50 milliards d'euros, qui en a perdu 5 en une journée, tout ça pour son propre profit, tout ça sans aucun contrôle interne et externe. Les traders sont d'ailleurs choisis pour leur ambition, leur capacité à ne penser qu'à leur carrière sans tenir compte de l'impact de leurs actes sur la collectivité.

Tout semble désincarné, tout semble irréel sauf les victimes qui, elles, sont bien réelles : que l'on pense aux familles américaines qui se sont retrouvées à la rue, sans aucune aide ; aux indépendants et aux PME qui n'ont plus accès aux crédits ou qui devront payer des intérêts bien plus élevés ; aux travailleurs qui se sont vus racheter par un fonds spéculatif et licenciés juste pour améliorer la rentabilité immédiate pour des actionnaires peu scrupuleux ; aux pensionnés qui ont investi dans les Fonds de Pensions et qui ont tout perdu,.. et demain peut-être à tous les clients de ces banques.

Le présent billet ne peut pas résumer la complexité et toutes les dérives qui découlent de l'économie financière. Je tiens simplement à réexpliciter les positions que nous les socialistes nous tenons depuis des mois, des années et que n'ont jamais voulu entendre ni les libéraux ni, parmi eux, les banquiers.

En tant que socialiste, quelles sont mes propositions ?

  • Face à ces dérives des propositions très concrètes ont été avancées comme la taxe Tobin/Spann. C'est une taxe préventive prélevée sur les transactions financières qui a pour objectif d'agir contre les flux de capitaux spéculatifs. Avec le sp.a et les Ecolo, je me suis battue près de cinq ans contre Reynders pour la faire adopter par le Parlement belge. Il devait ensuite la porter au niveau européen, mais nous n'avons rien vu venir…car toute régulation est combattue avec force pour des raisons idéologiques par le secteur et par les libéraux.

  • Nous avions également demandé que le fameux code de bonne gouvernance, bien mal nommé code Lippens, soit transposé dans une loi contraignante et sanctionnante. Encore une fois levée de bouclier de la FEB soutenue par les libéraux, ils préfèraient ce qu'ils appelent "l'autorégulation". Nous voyons aujourd'hui que celle-ci est un échec et même, un mensonge: en vérité, aucune "autorégulation" n'a eu lieu.

  • Notre proposition de loi qui instaurait un prélèvement sur les plus values financières, a été ridiculisée par Monsieur Reynders, alors que très clairement une taxe sur les plus values spéculatives pourrait être très dissuasive et régulatrice.

Vous l'aurez compris: toute demande de transparence, de renforcement de la régulation est caricaturée par les libéraux.

  • Quand nous voulons renforcer la législation sur le surendettement afin de responsabiliser au maximum les prêteurs, nous nous opposons à la Ministre Laruelle qui défend les agences de crédits, mais aussi à l'OCDE qui reproche à la Belgique "de protéger les consommateurs, au moyen de diverses mesures administratives et réglementation qui risquent d'étouffer l'innovation en matière de crédits". La question que devrait plutôt se poser l'OCDE est la suivante : "la crise des subprimes aux Etats-Unis aurait-elle pu être évitée s'il avait existé dans ce pays une réglementation des crédits similaire à la nôtre ?"

  • D'autres propositions plus techniques sont aujourd'hui sur la table : nationaliser les agences de notation (elles déterminent la valeur boursière aux actions des entreprises), renforcer les accords de Bâle II, mais aussi augmenter les frais de transaction,…

  • Une autre proposition importante est la création d' un organe de régulation au niveau européen et le renforcement de la régulation nationale. Une régulation qui ne soit pas a posteriori comme les libéraux le prônent, mais qui soit a priori (comme, par exemple, avaliser préalablement tous les nouveaux produits financiers mis sur le marché). (Mais) Le plus important est que les régulateurs changent de paradigme, c'est-à-dire qu'ils soient présents pour protéger les épargnants, les consommateurs, les indépendants et l'économie réelle et non pas les institutions bancaires.

Enfin, il faut encourager la finance éthique dont l'objectif n'est pas le profit à tout prix, qui conçoit le système financier comme un soutien à l'économie réelle et qui répond à des critères éthiques, sociaux, environnementaux et de bonne gouvernance. Les banques éthiques aujourd'hui ne se cassent d'ailleurs pas la figure! Je propose d'encourager fiscalement les produits éthiques.

Aujourd'hui on entend une belle unanimité du secteur bancaire, des libéraux, des patrons mais permettez-moi d'en douter. Qui peut croire en effet le Ministre Reynders qui, d'un côté, affirme qu'il est pro-régulation et, de l'autre, fait obstacle à toutes nos propositions. Car ce n'est pas la première crise, loin de là, et le secteur financier a toujours souffert d'amnésie : une fois que la bourse reprend, on oublie tout et on recommence comme si ne rien n'était et surtout sans rien changer puisque ça rapporte... à certains!

Alors, Monsieur Reynders et autres libéraux, des propositions très concrètes sont sur la table, j'attends donc que très rapidement elles soient examinées, adoptées par vos groupes politiques au Parlement ou portées au niveau européen. C'est le système que vous protégez depuis des années, pour des raisons idéologiques, qui est aujourd'hui en faillite, ayez le courage de la reconnaître et de le modifier. Plus personne ne croit à l'autorégulation, plus personne ne croit en la sincérité des banques, la confiance a été rompue
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Mardi 30 Septembre 2008
Karine Lalieux
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