Karine Lalieux, de l'audace et des convictions

Croisade contre les incivilités à Bruxelles



Croisade contre les incivilités à Bruxelles
L'e-ris 30/03/2012 : Croisade contre les incivilités à Bruxelles

Karine Lalieux (PS), échevine de la propreté publique à la Ville de Bruxelles, dresse un bilan du "plan de lutte contre les incivilités" de la commune. Urine, tags, dépôts clandestins, ou encore affichage sauvage sont visés. Lancé en 2007, le plan a pour but d'améliorer la propreté de la Ville, mais aussi de supprimer le sentiment d'impunité des contrevenants.

Avec plus de 165 000 habitants, la Ville de Bruxelles est la commune la plus peuplée des 19 qui constituent la Région. Par ailleurs, des millions de touristes arpentent les rues du centre chaque année. La propreté présente donc un énorme défi pour garantir l'image de marque de la capitale européenne, et préserver le confort de vie de ses habitants.

Il y a cinq ans, Karine Lalieux (PS), échevine de la propreté, et Freddy Thielemans (PS), bourgmestre de la commune, décident de lancer un « plan de luttre contre les incivilités ». Il s'agissait de créer des outils, des infrastructures et d'organiser le budget pour améliorer réellement la propreté de la Ville."Quand j'ai pris mes fonctions d'échevine (en 2007, nlda), il n'y avait aucun instrument, aucune planification de la propreté de la commune. Rien au point de vue de la sensibilisation. Rien concernant la répression non plus. Le sentiment d'impunité était bien réel. Dans les faits, les policiers ne verbalisaient pas les incivilités. C'était trop compliqué et trop long du point de vue administratif", explique Karine Lalieux. Un règlement de police concernant les souillures existait déjà. Mais dans les faits, la procédure se révélait trop lourde pour de si petits délits.

Un plan divisé en trois axes

Service, information, répression : voilà les trois volets du plan de lutte contre les incivilités. Au niveau du service, on constate une nette amélioration de l'organisation du service propreté. Les équipes de nettoyage sont réparties chaque semaine selon les nécessités des différents quartiers. Le centre ville est aspergé chaque jour à l'eau pour éviter les effluves d'urine, et nettoyé de façon plus intensive que le reste de la commune, moins fréquenté. Cependant, les touristes que nous avons rencontré se plaignent des plus petites rues du centre, plus négligées que la Grand Place, par exemple.

C'est avec le bourgmestre de la Ville que Karine Lalieux a essayé d'améliorer le traitement administratif des délits liés aux souillures. "Avec Freddy Thielemans, on s'est demandé ce qu'on pouvait faire. On a fait un règlement-taxe. Le but était de simplifier la procédure, et donc le travail administratif autour de la verbalisation. Il fallait une procédure rapide et efficace pour la police, mais aussi pour les citoyens. En effet, pour que la punition ait un effet sur un comportement incivique, il ne faut pas donner l'amende deux ans et demi plus tard".

Avec la création du règlement-taxe, l'aspect répressif s'est également développé. Depuis 2008, 22 500 taxes ont été délivrées pour les diverses incivilités. "On est à à peu près 18 taxes par jour, sept jour sur sept. C'est beaucoup, et malheureusement, lorsqu'on fait les statistiques, ce sont majoritairement des habitants de la Ville qui sont les auteurs des infractions." Pour ce qui est de la nature des infractions, les sacs poubelles sortis en dehors des heures arrivent en tête, avec 40% de la totalité des taxes, suivis de l'affichage sauvage et des souillures. "Les affiches collées n'importe où ont énormément diminué depuis la mise en place du plan. Les gens savent maintenant que l'affichage est réglementé. De plus, quand quelqu'un est taxé pour avoir collé une affiche, il est taxé pour toutes les autres. 150 euros fois autant d'affiches, cela fait monter la facture très vite!"

Et même si la possibilité d'un recours existe, 85% des taxes sont payées. Ce chiffre s'explique par le fait que la plupart des contrevenants sont pris sur le fait par des agents de la ville, des policiers ou des brigades mixtes (lien reportage), et qu'un flagrant délit est difficile à nier.

« Qui salit paye le prix !», une campagne « trash »

Lancée en octobre dernier, la campagne « qui salit paye le prix » mêle sensibilisation et répression. Par des affiches offensives d'un billet de 50 euros souillé par de l'urine sauvage ou une déjection canine, écrasé par un dépôt clandestin ou brûlé par un mégot, la Ville entend informer ses citoyens sur le prix à payer pour de telles infractions.

"Au début, on faisait des campagnes sympathiques. Nous avions lancé une campagne de toutes-boîtes dont le slogan était « ensemble, gardons Bruxelles nickel ». Cette fois-ci, nous avons essayé une campagne plus « trash », en axant sur la répression. « Qui salit paye le prix », ça veut dire « on réprime pour votre bien-être ». Ce n'est pas pour avoir de l'argent", explique Karine Lalieux. "Nous avons prévu des publicités dans le métro ou sur des panneaux d'affichage, ainsi qu'une vidéo qui a fait un petit buzz. Je crois que nous n'avons jamais entendu autant parler d'une campagne de la Ville !", conclut-elle, enthousiaste.

Un bilan plutôt positif

Après cinq ans, le plan de lutte contre les incivilités est en bonne voie. Les équipes s'organisent peu à peu et le budget est réparti de façon plus efficace. Mais dans les faits, la Ville n'est pas encore immaculée. Le plan n'est pas encore suffisamment connu du grand public. Malgré les différentes campagnes de sensibilisation, la distribution de taxe ne cesse d'augmenter. L'évolution vers des campagnes publicitaires axées sur la répression montre bien la volonté de la Ville de passer à la vitesse supérieure. Karine Lalieux quand à elle se montre satisfaite du travail effectué depuis 2007.

L'efficacité du plan semble cependant amoindrie par un problème inhérent à la Belgique : la répartition des compétences. Dans les 19 communes de Bruxelles, les compétences sont réparties entre la région pour certaines artères et la commune pour le reste. Certains monuments sont quant à eux considérés comme fédéraux. C'est le cas du Mont des Arts, qui est géré par l'IBGE (Institut bruxellois pour la gestion de l'Environnement). Au sein de la commune même, les espaces verts et la voirie sont aussi gérés par des services différents. "C'est difficile de faire son boulot quand les compétences sont organisées comme elles le sont actuellement. Je préfère avoir des responsabilités claires." Dans le futur, l'échevine souhaiterait rassembler nettoyage des espaces verts et propreté publique sous une même casquette. "Ce n'est pas encore à l'ordre du jour, mais cela simplifierait beaucoup les choses", précise-t-elle.

Lundi 2 Avril 2012
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