D’incontestables avancées contre la saleté, mais pas encore de véritable politique urbaine intégrée



D’incontestables avancées contre la saleté, mais pas encore de véritable politique urbaine intégrée
Le Soir - Mardi 12 avril : D’incontestables avancées contre la saleté, mais pas encore de véritable politique urbaine intégrée

Bruxelles n’est pas toujours sur son 31… Les enquêtes successives de Test-Achats sur la qualité de vie dans les villes n’ont jamais épargné la Région bruxelloise, en particulier Bruxelles-Ville, Anderlecht et Schaerbeek. Mais d’autres sondages, plus récents, pointent la capitale belge dans le top 10 européen des métropoles qui affichent les meilleurs standards de qualité de vie…

Si on s’en tient strictement au critère de propreté des trottoirs et des voiries, Bruxelles affiche un score de satisfaction de 4,9/10 (inférieur à la moyenne belge : 5,7/10), selon la dernière enquête de l’organisation de défense des consommateurs Test-Achats. C’est mieux que Liège, Anvers ou Charleroi, certes. Mais nettement moins bien que Hasselt ou Bruges.

Ce n’est peut-être surtout plus d’actualité… Le test comparatif, toujours en ligne sur le site de Test Achats, remonte à juillet 2007. Et la plupart des opérateurs s’accordent sur la prise de conscience relativement récente et l’intensification des efforts, tant en termes de service que de répression des nuisances…

A l’agence Bruxelles-Propreté, qui assure la collecte des immondices dans les 19 communes bruxelloises et le nettoiement de 405 kilomètres de voirie (essentiellement les grands axes), les effectifs sont passés, en 10 ans, de 1.200 à plus de 2.000 agents, « dont 550 affectés au balayage », précise Etienne Cornesse, porte-parole. En 2010, les balayeurs de l’agence ont collecté 15.938 tonnes de déchets, principalement des boues de balayage (7.400 tonnes), destinées au recyclage, et d’autres déchets, incinérés, avec le contenu des corbeilles urbaines (5.800 tonnes).

La même année, les agents de propreté de la ville de Bruxelles ont évacué 14.131 tonnes de déchets, contre 9.000 tonnes à peine, quatre ans plus tôt. « C’est, pour moi, un combat essentiel, insiste l’échevine bruxelloise de la propreté, Karine Lalieux (PS), car il s’agit de préserver la qualité de vie quotidienne des citoyens. Nous menons une politique en trois temps : d’abord, améliorer le service rendu ; puis, mieux informer les habitants ; et enfin, réprimer plus sévèrement. »

Entre 2006 et 2011, l’effectif du service communal de la propreté est passé de 270 à 360 agents. La ville a doublé (de 6 à 12) le nombre de « médiateurs propreté », accessibles gratuitement par le biais d’un numéro vert (plus de 15.000 appels par an).

« Nous sommes surtout confrontés aux dépôts clandestins récurrents, précise l’échevine, notamment dans le bas de Laeken, dans le vieux quartier Nord, et dans les Marolles, où des plans d’action spécifiques sont déployés, depuis l’an dernier »… Le bilan est édifiant : 14.131 dépôts enlevés, l’an dernier, contre 9.552, en 2006.

Depuis un peu plus d’un an, les opérations PP (pour « Planque Propreté ») se multiplient, au rythme d’une action par semaine, au moins… Chaque intervention mobilise 8 à 14 fonctionnaires (agents de la propreté, brigadiers assermentés, policiers…), souvent dans la nuit du vendredi au samedi. Ils peuvent ramener jusqu’à 200 taxes par opération, les amendes allant de 50 euros pour un sac-poubelle sorti en dehors des heures autorisées à 100 euros par mètre cube pour les dépôts clandestins.

Depuis la mise en œuvre du plan de lutte contre les incivilités, en octobre 2007, plus de 14.000 contrevenants ont été taxés (dont 6.700 en 2010)… « Essentiellement des Bruxellois », regrette l’échevine, démentant l’idée reçue qui voudrait que les incivilités environnementales soient surtout le fait de non-résidents. Concrètement, une petite majorité de Bruxellois sont responsables des tags, affiches illégales et souillures verbalisés, mais on ne compte pratiquement que des habitants du cru parmi les auteurs de dépôts clandestins.

Bruxelles peut mieux faire ? Elle semble s’y employer, de la tolérance zéro schaerbeekoise à la politique en trois temps bruxelloise. Et les palmarès internationaux, comme le récent classement établi par les consultants Mercer (notre infographie), ne sont guère déshonorants pour la capitale belge.
Reste à établir « une politique urbaine coordonnée », à lire les conclusions d’une étude menée par les juristes de la VUB : l’administration urbaine de la Région de BruxellesCapitale est, à leurs yeux, trop fragmentée… « Ainsi, la propreté publique relève des communes, tandis que la prévention et la gestion des déchets dépendent de la Région, situation qui entraîne des discussions sur la compétence relative, notamment, aux dépôts clandestins, aux excréments de chiens et aux sorties de poubelles en dehors des heures réglementaires »… Les professeurs Paul De Hert et Serge Gutwirth s’interrogent : « Dans le contexte spécifique de Bruxelles, on peut se demander s’il ne serait pas utile que la Région assume un rôle plus important ? ».

Vendredi 15 Avril 2011
Karine Lalieux
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