Karine Lalieux, de l'audace et des convictions

Euthanasie : comme d'habitude l'Archevêque Léonard biaise le débat.



Euthanasie : comme d'habitude l'Archevêque Léonard biaise le débat.
L'archevêque de Malines-Bruxelles André-Joseph Léonard a publié dans la Libre de ce mercredi un courrier concernant les dix ans d’application de la loi sur l’euthanasie.

Ce faisant, l’archevêque n’exerce finalement que sa liberté d’expression et il est bien qu’il en soit ainsi dans notre pays démocratique où la liberté de penser et le droit d’avoir des avis différents sont protégés,

André-Joseph Léonard avance un constat négatif, notamment à l’égard de la mission de la commission fédérale chargée de l’évaluation et du contrôle de l’euthanasie.

Il est important de mettre en évidence que ce constat n’est, en vérité, qu’une opinion basée sur des convictions personnelles et sur un rapport émis par une commission (l’IEB, institut européen de bioéthique) fortement orientée et non représentative de toutes les sensibilités de la population. Autant dire que cette opinion est biaisée alors que ses affirmations sont prononcées comme des vérités implacables…

Je trouve cela d’autant plus grave que la Commission fédérale chargée du contrôle et de l’évaluation de l’euthanasie est, quant à elle, bien représentative de toutes les sensibilités et placée sous le contrôle du Sénat. Il appartient donc à ce dernier de se prononcer sur son efficacité ou ses manques!

Le vocabulaire utiliser par M. Léonard est aussi quelque peu orienté, il parle d'innocent qui serait tuer. L'euthanasie n'est pas un assassinat, mais avec ce terme il apporte la confusion. Par ailleurs, préfère-t-il comme pour l'avortement le retour à l'hypocrisie, à l'insécurité juridique, à la détresse enfouie? Préfère-t-il que ce soit des infirmières qui pour rendre la dignité à la personne le fasse de manière illégale,? Préfère-t-il la souffrance sans espoir, la supplice?

Je veux juste lui rappeler que l'on oblige personne mais que la loi lui offre un choix, le choix de mourir dans la dignité!

Concernant l’application de la loi, son contrôle et l’éventualité de son extension, il faut rappeler qu’il s’agit de questions de la compétence du Parlement, élu et représentant la population. Les communautés religieuses ou philosophiques n’ont à cet égard qu’un pouvoir d’avis strictement limité. Ainsi, l’extension de la loi nécessitera un débat parlementaire approfondi par l’audition de personnes compétentes, comme il en est d’ailleurs toujours le cas pour ce type de modifications légales !

Il est dans le droit de l’archevêque Léonard de publier son avis sur l’euthanasie mais au lieu d’avancer masqué, il aurait été plus honnête d’informer adéquatement de la source de ses informations…

Mercredi 30 Mai 2012
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1.Posté par ALCAN25 le 30/05/2012 19:43
Je ne vois pas très bien en quoi Mgr "avance masqué"... Il cite ses sources et tout le monde a accès par exemple au dossier de l'IEB (j'ai été voir). Doit-on conclure de l'argumentation de Madame Lalieux que seuls les libres-penseurs ont l'apanage de la rigueur scientifique ? Il me semblerait peut-être plus cohérent - voire constructif et instructif - de dire en quoi et où les sources citées par Mgr Léonard manquent de sérieux ou de rigueur.
C'était une réflexion en passant ;-)

2.Posté par Paul Forget le 30/05/2012 19:59
Madame Lalieux,

Comme vous le dites si bien vous même, Mgr Léonard exerce son droit de liberté d'expression. Vous, certainement pas plus que lui, ne représentez la majorité des Belges soumis à cette loi. Sur quelle base dressez-vous ce qui semble être un procès d'intentions lorsque vous dites, je cite, « que ce constat n’est, en vérité, qu’une opinion basée sur des convictions personnelles » ?

Une vraie laïcité, Madame Lalieux, va dans les deux sens, elle n'a pas d'a priori sur les propos d'un citoyen en fonction de son appartenance religieuse, mais certains semblent avoir du mal avec cela... En quoi un fait, fusse-t-il déclaré par un catholique, en l'occurrence le primat de Belgique, deviendrait-il une opinion parce qu'il ne rejoint pas votre avis ?

Je me permets de me demander quel type de démocrate vous êtes lorsque vous trouvez qu'il appartient au Sénat de se prononcer sur l'efficacité et les manques d'une commission. Je pourrais vous rétorquer qu'il n'appartient qu'au pape de se prononcer sur la pertinence des propos de Mgr Léonard, mais je suis démocrate, Madame, je pense donc que vous avez le droit d'exprimer votre opinion.

Voulez-vous donc clore les débats de société à la seule enceinte du Parlement ? Le « pouvoir » ne peut donc pas être critiqué par le citoyen belge ? Je vous cite encore une fois : « Les communautés religieuses ou philosophiques n’ont à cet égard qu’un pouvoir d’avis strictement limité. Ainsi, l’extension de la loi nécessitera un débat parlementaire approfondi par l’audition de personnes compétentes, comme il en est d’ailleurs toujours le cas pour ce type de modifications légales ! »
Le fait qu'une loi doive être débattue au Parlement n'empêche pas un débat de société, entre citoyens.

Enfin, vous reprochez à Mgr Léonard de ne pas citer ses sources, ce qu'il a pourtant fait en fin de carte blanche, mais lorsque vous dites que « L'euthanasie n'est pas un assassinat, mais avec ce terme il apporte la confusion. Par ailleurs, préfère-t-il comme pour l'avortement le retour à l'hypocrisie, à l'insécurité juridique, à la détresse enfouie? Préfère-t-il que ce soit des infirmières qui pour rendre la dignité à la personne le fasse de manière illégale,? Préfère-t-il la souffrance sans espoir, la supplice? », citez-vous vos sources ? Quelles sont-elles ? Ou est-ce le fruit de vos préjugés ?

Permettez-moi, Madame, de m'étonner de votre réaction à la carte blanche pour le moins rapide et déterminée, alors même qu'Étienne Montero, doyen de la faculté de droit de Namur s'est exprimé, au moins aussi sévèrement que Mgr Léonard, sur cette loi il y a quelques jours, dans les colonnes du même quotidien, et que cela n'a suscité aucune réaction de votre part.

Cordialement.

3.Posté par Modeth le 30/05/2012 21:40
Et si mourir dans la dignité c'était la possibilité de vivre sa mort calmement, sans la pression de la société et de l'entourage qui souhaitent que vous partiez vite parce que vous leur prenez leur précieux temps, parce qu'ils ont peur de votre souffrance, parce que vous commencez à coûter cher ? Et si mourir dans la dignité, c'était pouvoir s'éteindre petit à petit, entouré de personnes qui continuent de voir en vous un être humain même si vous êtes tout à fait dépendant, qui continuent à vous entourer de leur amitié, qui acceptent de prendre du temps pour vous accompagner, pour vous écouter vraiment ? Et si mourir dans la dignité, c'était être entouré de médecins et d'infirmiers qui peuvent vraiment faire leur métier qui est de soulager les souffrances physiques en utilisant tous les anti-douleurs mis à leur disposition ? Je ne pense pas que mourir dans la dignité est de mourir suite à une piqûre pratiquée pour donner intentionnellement la mort. Au risque de choquer, je poserai la question "N'est-ce pas ce qu'on fait à nos chiens quand nous trouvons qu'ils souffrent trop ?"

4.Posté par Quentin Depreter le 31/05/2012 16:56
Chère Madame Lalieux,

J'ai pris connaissance ce mercredi de la carte blanche publiée par André-Joseph Léonard et de votre opinion, sur votre site internet. Je pense que vous avez raison de souligner qu'en publiant cette carte blanche, l'archevêque de Malines-Bruxelles, tout comme vous-même, fait appel à la liberté d'expression. En effet, la liberté d'expression fait partie des droits de l'homme, de chaque être humain, et est par ailleurs indispensable au bon fonctionnement d'une société démocratique : l'on ne saurait trop insister sur ce point.

Je vous avoue donc que je fus quelque peu étonné à la lecture de votre opinion. Alors que vos positions respectives divergent (semble-t-il) quant au fond de la question, votre argumentaire s'appuie presque exclusivement sur des arguments qui reprochent à Mgr. Léonard, précisément, d'avoir et d'exprimer son point de vue, qui diffère du vôtre. En cela, je me demande si votre opinion, finalement, respecte ou non la (sa) liberté d'expression.

Il me semble que la référence aux différentes sensibilités présentes dans la population est à cet égard également malvenue. En effet, en suivant le raisonnement que vous proposez, n'en viendrait-on pas à dire qu'en définitive, seule une assemblée parlementaire (qui n'est que "censée" représenter les sensibilités de la population) aurait le droit d'exprimer une opinion digne de ce nom quant à toute question sociétale, et notamment, l'euthanasie voire encore le fonctionnement de ladite commission de contrôle ?

Vous comprenez comme moi que suivre cette logique nous mènerait justement aux antipodes de la liberté d'expression, et, in fine, de la démocratie. Et vous comprenez d'autant plus que, émanant de la part de la parlementaire aux compétences reconnues que vous êtes, l'affirmation suivant laquelle "les communautés religieuses ou philosophiques n’ont à cet égard qu’un pouvoir d’avis strictement limité" a de quoi m'inquiéter !

Je suis d'accord avec vous pour dire qu'il vaut mieux, lorsqu'on donne une opinion, la fonder sur des faits et des sources que l'on a pu directement vérifier, et non se contenter d'un renvoi à d'autres travaux. Cela permet en effet de clarifier le débat. Toutefois, ce reproche ne concerne pas véritablement Monseigneur Léonard, ni d'autres auteurs d'opinion, mais bien, à mon sens, les contraintes inhérentes à la presse écrite anno 2012, laquelle ne publie que rarement des notes de bas de pages renvoyant aux sources. En cela, je suis d'avis que l'opinion de Monseigneur Léonard, précisément, fait un pas de plus en s'appuyant sur les données scientifiquement analysées par un institut qui, fut-il orienté comme vous semblez l'indiquer (ce qui reste à démontrer), a tout autant droit à cette même liberté d'expression.

Car au fond, qu'est-ce qu'un débat ? N'est-ce pas, justement, être en mesure d'exprimer et d'échanger librement une opinion, en l'appuyant sur des faits et en invoquant des sources ?

Si vous êtes d'accord avec cela, alors l'étape suivante serait de reconsidérer si, vraiment, en exprimant son opinion tel qu'il l'a fait, "l'Archevêque Léonard biaise le débat". Personnellement, je n'en suis pas convaincu. Mais ce n'est là que mon "opinion", évidemment...

Respectueusement, bien à vous.

Quentin Depreter

5.Posté par PROESMANS Jean le 02/06/2012 09:30
Merci les opportunes précisions que vous donnez.
Comme vous, j'ai été particulièrement surpris par l'expression "tuer un innocent".
Dans quelle étrange perversité du raisonnement s'engouffre l'humanisme (?) catholique !

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