Karine Lalieux, de l'audace et des convictions

La Creg est rappelée à l’ordre

Ce vendredi, Paul Magnette, Ministre de l’Energie a obtenu du Conseil des Ministres l’annulation des tarifs de Transit de gaz définis par le régulateur (la Creg début de semaine dernière. La Creg prônait une diminution de 75% de ces tarifs!



La Creg est rappelée à l’ordre
Cette décision gouvernementale semble très technique et difficile à comprendre pour un « simple » consommateur. Pourtant elle est très importante et unique.

Petite explication : c’est le régulateur qui détermine sur le territoire belge, entre autres, les tarifs de transport du gaz (c'est-à-dire quand le produit est commercialisé sur le sol belge) et les tarifs de transit du gaz (c'est-à-dire quand la marchandise ne fait que transiter par nos infrastructures pour être acheminées vers d’autres Pays). Donc, ce tarif de transit déterminera, par exemple, combien « Gazprom », société gazière russe devra payer pour utiliser notre réseau pour amener du gaz dans un autre Pays. Ce coût permet évidemment à Fluxys (société à participation publique gestionnaire de l’infrastructure de transport belge) de faire des investissements pour maintenir en état et développer le réseau belge. Ainsi, la hauteur de ces tarifs est fondamentale.

Pour compliquer l’affaire, le transit est effectué par une filiale (Distrigaz &Co) de la société Distrigaz, société qui doit être vendue dans le cadre de la fusion de Gaz de France et de Suez (Suez qui est la maison mère de Distrigaz) selon les conditions posées par les autorités nationales et européenne. Avant l’annonce de la Creg Distrigaz et sa filiale étaient évalués à une valeur de plus de 150 millions d’euros. Seulement son cours a depuis perdu plus de 7%, ce qui est évidemment « destructeur tant pour la société elle-même qui doit être « cédée » que pour les autorités belges» et là je reprends les propos de la FEB, que je partage, ce qui n'est pas dans mon habitude…

En fait depuis quelques mois, la Creg a décidé de déclarer la guerre au secteur, aux gestionnaires d’infrastructures (tant national que communal ou intercommunal), au Ministre, un peu à tout le monde. Si c’est parfois justifié pour dénoncer tant des pratiques abusives de certains opérateurs énergétiques ou de certains GRD (gestionnaire du réseau de distribution), que des augmentations de prix non justifiées ou encore le caractère peu concurrentiel du secteur en Belgique, ce ne l’est aucunement aujourd’hui ! Sauf à vouloir détruire le réseau et ainsi menacer le consommateur belge…ou à vouloir, c’est un comble, renforcer les gains des compagnies étrangères qui passeraient par la Belgique avec des tarifs très réduits !

C’est pourquoi, un débat aura lieu en commission ce mardi et le Ministre viendra répondre aux différentes questions des parlementaires dont la mienne.

Mais ce qui est également important de rappeler sur le plan politique, c’est le choix posé par le Ministre et la majorité (même si il a été parfois soutenu seulement du bout des lèvres par les libéraux) lors de la dernière réforme de la Creg. En effet, le Ministre Paul Magnette a toujours voulu que le politique (c'est-à-dire le gouvernement) garde une marge de manœuvre par rapport au régulateur. A savoir que les avis et propositions de ce dernier ne s’impose pas d’office (n’ont pas force obligatoire), et que le Ministre (donc tout le Conseil des ministres) puisse, le cas échéant, les annuler si elles desserrent l’intérêt général. Cette position, de prise de responsabilité du politique, a été et est toujours fortement contestée par les Ecolos. Pourtant ce dérapage de la Creg nous montre que nous n’avons pas vraiment tort ...que du contraire !

Lundi 26 Mai 2008
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