La Poste précarise ses emplois
Je vous ai déjà parlé plusieurs fois de la Poste et surtout de la libéralisation du secteur postal en 2011. Libéralisation, c'est-à-dire la fin du service réservé (soit monopole) de la poste pour les lettres de moins de 50 grammes, car toutes les autres missions de la Poste (colis, journaux, toutes boites,.. ) sont déjà soumis aujourd’hui à la concurrence.
Seulement, grâce a ce petit bout de monopole restant, la Poste finance en partie les missions de service public (distribution 5 fois par semaine sur tout le territoire, le réseau de boîte aux lettres, le paiement des pensions,..) mais aussi une partie de son réseau de bureaux de postes. Pour résister à cette ouverture du secteur, la Poste belge a conclu avec les représentants des travailleurs et l’Etat différents plan stratégiques : augmentation de la productivité des facteurs (géoroute 1 et 2), rationalisation des bureaux de poste (fermeture dans beaucoup de quartier), diminution et précarisation des emplois, partenariat avec la Poste danoise,… Grace à ces plans largement « payés » par les travailleurs, par les citoyens (qualité du service) et par l’Etat, la Poste génère aujourd’hui des bénéfices répartis entre les actionnaires de La Poste (via les dividendes) mais aussi entre quelques Directeurs (par le biais des fameux stocks option). Mais malgré tout ses efforts et ses bénéfices, La Poste veut imposer un géoroute 3 pour une fois de plus compresser les coûts représentés par le personnel (géoroute pourrait économiser 20 millions par ans). Interrogée, la Ministre Inge Vervotte (Cd&v) explique qu’il n’y aura aucun licenciement sec et fait croire comme la Poste qu’elle doit dégraisser pour assurer … l’emploi de ses futurs travailleurs dans le marché libéralisé. Mais quels emplois ? Ce qu’elle ne dit pas, c’est qu’elle supprime les emplois décents pour produire des emplois précaires. Emplois des futurs « livreurs » qui remplaceront vos facteurs et qui ne travailleront que quelques heures par jour. Est-ce le rôle d’une entreprise publique ? Non et son attitude est choquante alors que l’Etat et les Régions sont en train de mobiliser tous les acteurs économiques pour empêcher la récession et soutenir la relance. Par ailleurs, il faut empêcher que la libéralisation ne se traduise par un dumping social dans le secteur postal et ce tant à la Poste que chez les nouveaux opérateurs. Nous devons non seulement sauver l’entreprise, les services de qualités pour le citoyens mais aussi sauver les travailleurs et surtout leurs assurer des conditions de travail qui leurs permettent de vivre dignement. Un dernier mot, si nous en sommes arrivés à cette situation c’est pour des raisons idéologiques. Les libéraux et l’Europe ont depuis des années combattus tous les monopoles publics arguant une diminution des prix et une qualité supérieure pour les citoyens (voyez l’effet inverse en matière d’énergie). Et même si de nombreuses études ont montré que l’ouverture du secteur postal n’amènerait ni emplois, ni diminution des prix, ni qualité, le monde libéral a continué son combat idéologique contre les services publics… Alors au moment où les toujours mêmes libéraux font appel à l’Etat pour rattraper les conneries, la débâcle et les errements des banques, ils devraient peut-être revoir leurs jugements sur le tout au privé mais pour cela il faudrait avoir la capacité de se remettre en cause et cela j’en doute… Question de Mme Karine Lalieux à la ministre de la Fonction publique et des Entreprises publiques sur "les livreurs de courrier" (n° P0533). A lire ici A lire aussi sur le site du Nouvel Observateur les infos sur la privatisation de la poste française ici Dimanche 23 Novembre 2008
Karine Lalieux
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