La flambée des prix alimentaires

Ce lundi matin, Chris Morris, le Directeur Général de la FEVIA (Fédération de l’Industrie Alimentaire) était l’invité de l’émission radio « Matin Première».



La flambée des prix alimentaires
L’entretien a tourné autour du pouvoir d’achat et de l’augmentation réelle des prix des produits alimentaires en Belgique. Prix, qui je vous le rappelle, augmentent plus vite que dans les autres pays de la zone Euro (cfr mes précédents billets sur la hausse des prix comme l’a indiqué l’étude de la Banque ING et le rapport demandé par le Gouvernement à la Banque Nationale de Belgique).

Monsieur Chris Morris, semblait réduire ce matin l’augmentation des prix à la seule la hausse des matières premières et notamment celle du prix des céréales. Les industries agro-alimentaires ne répercutant même pas entièrement l’augmentation des coûts !

Lorsque le journaliste l’a interrogé sur le prix élevé de la viande, phénomène dénoncé par les éleveurs eux-mêmes qui ont vu le prix de vente du porc ou du bœuf baisser en 2007, il a répondu que cette hausse était due au seul comportement consommateur qui achetait préemballé et en petite quantité ! Quelle réponse ! Comme si ce comportement était nouveau. Lorsque l’on sait que le porc est vendu par l’éleveur à 1 euro le kilo et qu’en bout de chaîne, la chipolata peut atteindre 8 euros le kilo en grande surface, on se demande où sont passés les gains ? Apparemment chez personne puisque les diverses acteurs du secteur (producteurs, intermédiaires, agro-alimentaire, grande distribution,…) disent qu’ils ne sont pas responsables de cette augmentation. A qui elle profite alors ?

Lorsque le journaliste l’interrogea cette fois-ci sur la condamnation à une forte amende des boulangers flamands par le Conseil de la Concurrence (gendarme du secteur) pour entente sur le prix du pain (c’est-à-dire que tout les boulangers ont augmenté le prix du pain de manière généralisée en moyenne 12% en un an), là, il a répondu de manière détournée. C’est le moins que l’on puisse dire. Il estime que se sont les habitudes des consommateurs qui sont une nouvelle fois en cause. En effet, ils aiment le pain frais et vont le chercher chaque jour chez leur boulanger et non dans les grandes surfaces une fois par semaine, ce qui a un coût. Tant mieux, Monsieur Morris pour nos artisans, mais ce qui est dénoncé c’est une augmentation fictive du prix sous prétexte de l’augmentation des matières premières.

D’ailleurs une enquête de la Vlerick School a démontré que pas moins d’un producteur sur trois admet que les augmentations des prix des produits alimentaires sont trop élevées par rapport à l’augmentation des prix des matières premières.

Je rappelle aussi qu’en France neuf groupes de produits d’entretien ou corporel des marques parmi les plus connues au monde (Colgate, Palmolive, Henkel, Johnson) sont suspectés d’avoir participé à une vaste entente sur leurs tarifs. En fait, ils s’entendaient sur les prix à fixer et sur les marges bénéficiaires à prendre, annulant ainsi toute concurrence. Qu’en est-il en Belgique ?

Ou encore, souvenons-nous du coups d’éclat du PDG des magasins Leclerc qui retira notamment « la Vache qui rit » de ces rayons parce que les industriels avaient proposé des hausses de tarifs (prix payés par les distributeurs) d’environ 20%.

Alors un peu de sérieux ! Est-on vraiment sûr que le secteur agro-alimentaire n’a rien à se reprocher, que personne n’a profité de l’augmentation des prix des matières premières, que les marges bénéficiaires sont plus que réduites, qu’aucune entente n’a été réalisée ?

Une chose positive est quant même à souligner : le revirement de position de la Fevia par rapport à la proposition de création d’une Observatoire des prix de la vie quotidienne (proposition que j’ai déposée à la rentrée 2007). La fédération opte aujourd’hui pour la transparence et pense que cet instrument « pourra servir à objectiver le débat et réfuter les critiques contre le secteur ».

Pourtant, lors des premiers débats autour de cette proposition tant la Fevia que la Fedis (Fédération de la grande distribution) avaient traité cet outil de « bidule », de « machin de plus qui ne sert à rien », leur position a donc évolué…

Peut-être est-ce le fait que cet Observatoire se retrouve aujourd’hui inscrit dans la Déclaration gouvernementale ? Mais peu importe, l’important est qu’ils reconnaissent qu’aujourd’hui en Belgique, il n’y a aucun instrument réellement efficace permettant de connaître non seulement l’évolution des prix mais surtout la structure de ces prix, avec notamment la marge bénéficiaire que prend chaque maillon de la chaîne de la production et de la distribution.

Espérons que bien vite cet observatoire voit le jour, nous pourrons alors tenir un débat objectif, sans émotion, sans tabou et prendre le cas échéant les mesures qui s’imposent.

Lundi 31 Mars 2008
Karine Lalieux
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