Karine Lalieux, de l'audace et des convictions

Sans-papiers : Etre loyal en politique n’est pas jouer.

Je vous livre ici le texte de la carte blanche publiée ce matin dans le journal "De Standaard" sous le titre de : "Turtelboom moet regeerakkoord uitvoeren"



Sans-papiers : Etre loyal en politique n’est pas jouer.
"La grève de la faim n’est pas un mode d’action militant approprié en démocratie – notre système politique permet une large expression des idées sans qu’il soit nécessaire de mettre en péril son intégrité, sa santé. »

Cette assertion, toute la classe politique belge l’a répétée en réponse aux grèves de la faim des sans-papiers. C’est une position politique correcte, à deux conditions cependant. La première est qu’il faut dialoguer avec le mouvement des sans-papiers. La seconde est que le cadre du dialogue repose sur une base politique claire. Et c’est cette dernière condition qui n’est aujourd’hui pas remplie et qui exacerbe la violence du choix des moyens d’actions des sans-papiers.

La ministre de l’Immigration doit exécuter un accord de gouvernement entériné par le Parlement qui définit une série de critères clairs et objectivables devant permettre la régularisation de ceux qui sont chez nous depuis longtemps. Son attentisme délibéré est, d’une part, une douche froide pour de nombreux sans-papiers qui avaient retrouvé l’espoir de voir enfin leur situation régularisée et, d’autre part, à la source de la radicalisation des revendications et des moyens d’action de certains.

Les élus communaux doivent alors faire face à des situations de plus en plus risquées pour ces personnes. Ils adoptent dans pareils cas une attitude responsable. Quand démarre une grève de la faim, quand une grue est occupée, les responsables communaux sont inquiets. Comme élus et comme citoyens nous sommes tenus de mobiliser les services de secours et médecins nécessaires. Sans même devoir se prononcer sur la légitimité des actions, chacun d’entre nous redoute un accident mortel, une issue fatale à ce genre d’action.

Nous ne pouvons tolérer la nonchalance de la Ministre qui en est arrivée à menacer les autorités locales d’être tenues responsables de tout dérapage. Car c’est faux de dire que ces actions entravent l’ordre public et menacent la sécurité sanitaire. Et par exemple, pour l’occupation des grues, tant que les propriétaires ne demandent pas l’évacuation de leurs biens, le Bourgmestre ne peut agir.

Aussi, en ne sortant pas de circulaire avec des critères clairs et objectivables de régularisation, la Ministre maintient durablement des familles entières dans la clandestinité et la précarité d’existence.

En accordant une fois 3 mois, une autre fois 9 mois de séjour à des grévistes de la faim, elle ajoute à la confusion et encourage ces actions. Par l’arbitraire, elle discrimine les grévistes entre eux et surtout ceux qui attendent d’entrer dans une procédure légale.

Ce transfert de responsabilité de la Ministre vers les autorités locales est indigne de sa fonction. La responsabilité est exclusivement dans son incapacité de mettre en œuvre l’accord de gouvernement voté par tous les groupes de la majorité !

Ce que le PS exige aujourd’hui, c’est donc un peu de loyauté politique dans le chef de la Ministre de l’Immigration. Sortir de l’arbitraire et respecter les engagements démocratiques, voilà ce que nous attendons d’elle, ou à défaut, du Premier Ministre

Yvan Mayeur - Président du CPAS de Bruxelles -Député fédéral PS
Karine Lalieux - Echevine (Bruxelles) - Députée fédérale PS

Vendredi 1 Août 2008
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