Service public : la Poste va trop loin !
Résistance citoyenne à Louvain-La-Neuve
Depuis quelques jours, les habitants de Louvain-la Neuve, accompagnés d’ étudiants, d’enseignants et des autorités académique de l’UCL occupent leur bureau de poste pour s’opposer à sa fermeture. Cette résistance citoyenne exemplaire à tout mon soutien, bien sûr. Mais sans être particulièrement pessimiste, je crains que la Poste n’applique aveuglément son plan. On l’a déjà vécu ailleurs et les dernières interventions du porte-parole de la Poste ne laisse que très peu de place, sinon aucune, à la négociation. Il est même de très mauvaise foi lorsqu’il affirme aux médias que le bureau n’a pas être ouvert ce matin par manque de sécurité tant pour les postiers que pour les clients, alors que l’on sait que cette occupation est pacifique et ne vise que la défense du service public et de ses travailleurs. Rien de neuf : plusieurs dizaines de bureaux de Poste ont déjà été fermés et ont été remplacés (parfois) par des Points Poste et ce malgré les protestations de citoyens, les pétitions ou encore les interpellations nombreuses des autorités locales ou des parlementaires. Libéralisation : que fait le politique ? Vous allez me dire : «mais que fait le politique», "comment en est-on arrivé là " puisque la Poste est une EPA (une entreprise publique autonome) qui est aux mains de l’Etat ( à 51% encore) et qui reçoit une dotation publique pour remplir des missions de service public? Une fois de plus nous devons cette situation à l’Europe et à sa sacro-sainte libéralisation. Un des dadas de l’Europe des années nonante était de détruire tous les monopoles publics qui ne «permettent pas le développement de la concurrence» tels que le transport ferroviaire, les télécoms, l’énergie, la Poste,... Ainsi petit a petit, tous ces secteurs ont été libéralisés et le secteur postal est le dernier en date puisque en 2011 ce secteur sera totalement libéralisé. Depuis que je suis députée (mai 2000) avec le parti, je combats avec vigueur cette libéralisation. En effet, toutes les études (mêmes celles commandées par la Commission européenne) montrent que la libéralisation du secteur postal n’apportera aucune plus- value économique, aucune création d’emplois durables et même pas un service de meilleure qualité. Mais l’Europe s’obstine et les Etats suivent... Dans mon combat mené au Parlement belge, j’ai quand même eu une petite victoire: avoir retardé la libéralisation de quelques années afin que la Poste belge (et d’autres poste européenne) puisse s’y préparer en évitant un maximum de casse sociale. Depuis la connaissance de la date fatidique 2011, la Poste «se prépare» à résister à la concurrence. Cela signifie plus de rentabilité (fermeture de bureaux de poste), plus de productivité (géoroute), des emplois plus précaires,.... et aussi «adossement à un consortium financier (pour avoir des capitaux frais) qui possède 49% de la Poste. En effet, la Poste va perdre une partie de ses revenus. Aujourd’hui le secteur réservé, à savoir tout courrier de moins de 50 grammes est encore aux mains de la Poste (elle en a le monopole) et ce monopole permet de financer en grande partie les missions de service public comme par exemple son réseau de bureaux de Poste. Ces revenus vont diminuer et la dotation de l’Etat ne pouvant augmenter à l’infini, elle écrème comme on dit. La Poste va trop loin ! Mais aujourd’hui la Poste exagère, elle fait de l’excès de zèle. J’en veux pour exemple, les fermetures à outrance de bureaux de Poste, l’engagement d’intérimaires, une majorité de contrats à durée déterminée et surtout à temps partiel et même une volonté de faire distribuer le courrier par des personnes qui auraient des contrats de 2 heures par jour. Est-ce cela que doit offrir comme qualité d’emploi et de service une EPA qui en plus fait aujourd’hui des bénéfices? La Poste va trop loin. C’est pourquoi avec des collègues j’ai déposé depuis plus d’un an des propositions de résolution pour exiger notamment que l’on maintienne des bureaux dans des quartiers défavorisés, là où il y a une grande densité de population, dans des zones rurales mais aussi que la Poste négocie avec les autorités communales pour trouver des solutions alternatives à la fermeture (comme par exemple, un ouverture de bureau dans des locaux communaux). Ces résolutions demandent également de maintenir le rôle social du facteur,.... Malheureusement, et comme d’habitude, même si ces résolutions ont été plusieurs fois mises à l’agenda de la Commission infrastructure, les libéraux (tant francophones que néerlandophones) les bloquent. Pour eux l’important c’est laisser faire la concurrence et le marché et surtout ne pas imposer des règles strictes. Les services publics, les entreprises publiques ne sont toujours pas une priorité. Dès la rentrée le débat devra reprendre et surtout j’espère que la détermination des citoyens et autres de Louvain-La Neuve aboutira au revirement de la Poste. Ce serait une sacrée victoire. Mes précédents billets sur La Poste Mercredi 26 Août 2009
Karine Lalieux
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