Karine Lalieux, de l'audace et des convictions

Bilan de la Commission abus sexuels : retour sur cette importante étape pour les victimes...



Bilan de la Commission abus sexuels : retour sur cette importante étape pour les victimes...
Commission Abus sexuels : retour sur cette importante étape pour les victimes, pour la société et dans mon parcours de parlementaire

Le 10 septembre 2010, le rapport Adriaenssens a provoqué un véritable séisme dans la société belge. Il mettait en évidence l’ampleur d’un phénomène insoupçonné : presque 500 victimes d’abus sexuels au sein de l’Eglise s’étaient dévoilées en deux mois… Comme la plupart de mes concitoyens et de mes collègues , j’ai été choquée et, je décide de réagir promptement à la sortie du rapport – un texte qui nous apparaît comme une photographie sans trucage de la souffrance des victimes de pédophilie au sein de l’Eglise. Suite à ce rapport, une Commission spéciale est installée, le 28 octobre 2010. Une décision accueillie avec bienveillance par la presse et les citoyens, afin de briser « l’omerta »….

Issue d’un milieu laïque, je n’avais jamais été mêlée à l’histoire d’un jeune abusé par un prêtre. Cependant, ma formation de criminologue, mes expériences professionnelles et mes fréquentations à l’âge adulte m’ont mise en contact direct avec la violence sexuelle. Dans mon parcours parlementaire, même si, au fil des ans, je me suis intéressée aux matières économiques et d’Entreprises publiques, j’ai toujours gardé un contact privilégié avec la matière Justice. Je tiens à l’indépendance de celle-ci et la séparation entre l’Etat et l’Eglise. Or, c’était bien de tout cela qu’allait devoir traiter la Commission spéciale Abus sexuels. Forte de ces convictions et de mon bagage, je me suis engagée pour la présidence de la Commission, malgré la réputation de pasionaria que je m’étais forgée depuis mes débuts… car j’avais envie de relever ce défi, de trouver en moi les ressources indispensables à la réussite de la mission : l’esprit d’organisation, l’impartialité, l’autorité, le sens du leadership et la faculté de créer des liens, d’être un vecteur de compromis.

La Commission spéciale Abus sexuels a contribué à la dénonciation et à la sanction des faits de pédophilie, quels que soient leur cadre et leur époque. Elle a prouvé qu’en ce bas monde, c’est la justice des hommes qui prime ; qu’aucune personne, aucune institution n’est au-dessus des lois. Les députés ont mené un travail acharné pour parvenir à ce résultat : du 28 octobre 2010 au 31 mars 2011, la Commission a auditionné 110 personnes et tenu 60 réunions, établi un rapport de près de 500 pages avec une proposition à l’Eglise et 69 recommandations. Certaines sont coulées à présent en force de loi (l’allongement du délai de prescription à 15 ans, l’obligation d’enregistrement audio-visuel des auditions de mineurs abusés, l’extension du droit de parole dans le cadre du secret professionnel, …).

Autre avancée significative: Après plus de 6 mois de travaux, un accord est intervenu en vue de la mise sur pied d’un tribunal arbitral pour les victimes de faits de pédophilie commis par des prêtres ou religieux. Son objectif est de permettre à l'Eglise d'assumer sa responsabilité morale et de répondre aux attentes des victimes d'abus dont les faits sont prescrits et qui ne peuvent donc plus rien attendre de la Justice. Fin 2013, 264 conciliations ont été réalisées par la Chambre d'arbitrage permanente du Centre d'arbitrage en matière d'abus sexuels commis dans une relation d'autorité, en particulier au sein de l'Eglise, ressort-il du dernier rapport intermédiaire en date du Centre. Celui-ci a reçu en tout 621 requêtes en vue de mesures de réparation matérielles et/ou morales pour des faits prescrits d'abus sexuels. Les mesures de "réparation équitable" ont porté sur un montant de plus de 1,4 millions d’euros. A l'exception d'un dossier dans lequel aucune compensation financière n'a été demandée, une compensation financière a été convenue avec la victime dans toutes les conciliations réalisées.


A côté de ces résultats concrets, la présidence de la Commission Abus sexuels m’a permis de sortir du personnage que je m’étais créé, celui d’une personnalité au sang chaud, toujours prête à monter sur ses grands chevaux. La lecture du rapport Adriaenssens et le face-à-face avec les victimes m’ont profondément bouleversée. J’ai alors voulu mobiliser toutes les forces - les miennes mais aussi celle des membres de la Commission – pour leur donner ce qu’elles attendaient depuis longtemps: un regard, une écoute, non les miens mais celui de la société entière. C’est pour cela que, malgré mon caractère habituellement emporté, j’ai voulu être une présidente sereine malgré tout, forte pour réunir les hommes et les femmes de bonne volonté, quelles que soient leurs convictions philosophiques ou religieuses. Je pense pouvoir affirmer que la mission est réussie, que, dans toute cette souffrance, la Commission a abouti à des mesures concrètes d’apaisement pour les victimes, pour qu’elles puissent continuer leur chemin avec un peu plus de sérénité et de soutien.


Mardi 22 Avril 2014
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