Karine Lalieux, de l'audace et des convictions

Bye bye Jacques Chirac



Vous vous attendez à un billet vache, à quelques petites phrases assassines ? En lisant ces quelques mots vous doutez et vous vous dites : quoi, alors elle va nous sortir un hommage ? Un éloge ?

Allons, allons, qui suis-je pour avoir un avis sur le bilan présidentiel de Jacques Chirac ?
Pourtant, ces derniers jours, chaque fois que j’ai vu les images de Chirac, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que c’est cet homme qui a mis sur pied, qui a osé mettre sur pied la contribution de solidarité sur les billets d’avion pour augmenter l’aide aux pays en développement.

Sur ce point, Chirac n’a pas eu, comme d’autres plus proches de nous, que de belles et vaines paroles. Non, il a agi et n’a pas eu peur de dire aux Français qu'ils allaient payer leur billet d’avion plus cher pour aider les pays plus pauvres. La taxe sur les billets d’avion en France a déjà rapporté 224 millions €.

C’est quand même incroyable de se dire que c’est sous l’impulsion de Jacques Chirac que la première grande taxe internationale en faveur des pays du Sud a vu le jour. Il a été rejoint par plusieurs autres pays pour créer la "Facilité internationale d’achat de médicaments –UNITAID" dont l’objectif est de lutter contre le sida, le paludisme et la tuberculose dans les pays en voie de développement. Plusieurs autres pays, parmi lesquels le Brésil, la Norvège, le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Afrique du Sud,… Mais pas la Belgique !

Non, la Belgique est restée au balcon. Les ministres Reynders et Dedecker préfèrent dire que notre pays appartient au groupe pilote qui entoure l’UNITAID. Moi, je maintiens que notre pays est resté au balcon. Qu’est-ce qu’on pilote en ne finançant rien ?

Les deux ministres libéraux disent attendre que tous les pays européens participent à l’initiative pour adopter une telle contribution de solidarité chez nous ! Et bien ce refus de faire partie de l’avant-garde a privé l’UNITAID d’une contribution belge qui se serait chiffrée à minimum 20 millions d’euros par an!

Enfin, les deux ministres accusent Chirac d’adopter une telle taxe pour ne pas faire monter la part du PIB français consacrée à la coopération au 0.7%, pour dire qu’il reporte les obligations des objectifs du millénaire qui pèse sur chaque Etat sur les citoyens français ! Et de se vanter que chez nous en Belgique on se rapproche de plus en plus de ce chiffre symbolique des 0.7%. D’abord, il faudra encore faire un très gros effort pour atteindre ces 0.7%. Ensuite, et surtout, c’est faire semblant d’ignorer complètement que cette taxe internationale est, dans la proposition que j’avais déposée avec Camille Dieu, un exemple de financement innovant et additionnel à l’aide publique au développement….

Quand je vois Chirac partir aujourd’hui, je ne comprends toujours pas pourquoi les libéraux ont bloqué cette proposition chez nous, d’autant moins qu’ils avaient dans leur compétence dans le dernier gouvernement la coopération au développement !



Mardi 15 Mai 2007
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