Karine Lalieux, de l'audace et des convictions

Commémorations du centenaire de la Première guerre mondiale : "Bruxelles occupée"



J’ai eu le plaisir aujourd’hui, en tant qu’Echevine de la Culture de la Ville de Bruxelles d'accueillir la presse au cœur des Archives de la Ville à l’occasion des commémorations du centenaire de la Première Guerre Mondiale.

Les commémorations seront nombreuses à travers tout le pays, en Europe et ailleurs. Ce conflit tragique et total a laissé derrière lui des villes marqués et bouleversées irréversiblement. Chacune de ses Villes a, cent ans plus tard, un devoir de mémoire et une histoire à ne pas oublier ; c’est précisément ce à quoi la Ville de Bruxelles s’est attelée avec toute son équipe Culture afin d’offrir aux Bruxellois un regard nouveau sur ce pan important d’histoire : "Bruxelles occupée". Participer à ce travail de mémoire était, en effet primordial, et j’ai souhaité le faire du point de vue bruxellois.

Si la vie au front et le conflit armé, l’histoire des chefs d’état et de la guerre sont, à juste tire, souvent mis en avant, nous avons décidé d’aborder ce conflit de manière originale et locale, afin de partir à la découverte de la ‘petite histoire’ : l’histoire de la vie quotidienne des civils, moins connue mais non moins intéressante et essentielle à la compréhension de la guerre, hors des tranchés. Comment les habitants et les autorités de la Ville ont vécu, il y a 100 ans, sous l’occupation sera l’axe principal de projets développés par le Service de la Culture et les Archives.

La population a été confrontée pendant toute la durée du conflit, ça n’est pas rien, 4 ans sous l’oppression, avec des incidences bouleversant le cours de la vie quotidienne : chômage terrible, restriction de la liberté individuelle, des biens de consommations, répression de la résistance, réquisitions, emprisonnement du bourgmestre, imposition de la culture ‘officielle’ allemande… A Bruxelles, cependant, va s’organiser une véritable entraide et une grande solidarité (œuvres caritatives envers les plus pauvres, comité de secours, aide de l’étranger…). Ce qui est tout à fait formidable à découvrir, c’est que le bruxellois n’aura pas non plus manqué d’ingéniosité, voire d’humour, malgré tout cela, pour marquer son patriotisme et son attachement au drapeau national, au souverain, à son bourgmestre… et aussi à développer une culture de la résistance dont il reste aujourd’hui des traces (chansons, caricatures…) !

C’est grâce au travail remarquable de l’équipe des Archives et, également, la richesse méconnue des traces patrimoniales qui composent matériellement les Archives que nous avons pu développer ces ambitieux projets que je ne tarde plus à vous faire découvrir : sur Internet, au Musée et une publication, afin d’informer les internautes curieux, les visiteurs, et le public plus averti.

Les Archives, et nous pouvons en être fier, conservent des milliers de témoignages et de petits objets en tout genre liés à la guerre : photographies, cartes postales, caricatures, tracts, publications et autant de documents originaux méconnus jusqu’à présent du public. Ils sortent désormais de leur tiroir et de leur boîte afin d’enter dans l’ère du numérique ; une première pour nos Archives ! Le citoyen est invité à découvrir le contenu de ces archives, en quelques clics, en ligne sur le tout nouveau site des archives de la Ville consacrée à 14-18 (qui sera alimenté en nouveautés progressivement jusqu’en 2018). Monsieur Houssiau et Monsieur Vreugde, ici à mes côtés, qu’y travaillent depuis plusieurs mois vous parleront de ce nouveau site, en ligne dès aujourd’hui ! Réaliser un site web complet et didactique, ça n’est pas simple ! Une expertise et un véritable travail de recherche, d’inventoriage, de scannage et de rédaction a été fait afin de mettre en lumière la qualité et diversité de nos archives.

J’en profite pour les remercier et remercier les informaticiens de GIAL également qui ont travaillé à sa conception et réalisation afin de rendre tout cela possible (Emilienne Braham, Maxime Geus, Phillippe Allard). C’est un projet tout à fait unique et qui, je l’espère, parlera aux Bruxellois. Les Archives seront désormais aussi « branchées » facebook et twitter afin de partager ces contenus à un nouveau type de public qui ne visite pas les Archives. Nous espérons y parvenir, non seulement grâce au medium choisi, simple d’usage et à la portée de tous, mais aussi par l’angle choisi. Un défi important et double, pour, à la fois, faire découvrir la vie quotidienne des habitants en 14-18 à Bruxelles mais, aussi, faire mieux connaître les Archives.

Les Bruxellois ont été impliqués dans la recherche des ces archives, invités à participer à l’appel aux dons, lancé en octobre 2013, afin de récolter de témoignages (en prêt ou don). Afin de rendre tout simplement ce site vivant et, surtout, participatif. C’est cette histoire de proximité, celle de la vie dans les quartiers, du courage des habitants, des familles bruxelloise et les multiples anecdotes, qui vient illustrer, habiter et élargir le discours historique classique que l’on peut connaître de la guerre. C’est cette remise en contexte, locale et proche de nous, qui crée du lien, entre hier et aujourd’hui et cela me semble très important.

S’il y a 100 ans ‘déjà’, 100 ans ça n’est pas si loin… mais surtout, les thèmes que ces commémorations permettent d’aborder sont malheureusement criant d’actualité : occupation, conflit, guerre, exil, survie… Si c’est un lien que l’on fait avec le passé, c’est aussi un rappel et une sensibilisation à l’impact toujours actuel du conflit sur nos sociétés, au-delà de la commémoration, vers une nécessaire prise de conscience de ce qu’est la guerre et comment elle affecte les civils.

Le deuxième grand projet qui ouvrira ses portes en août 2014 est l’exposition « 14-18 à l’heure allemande » (mise sur pied par Gonzague Pluvinage, commissaire et Gwenaël Guegan, Julien Bohain, scénographie Simon Casier) que vous pourrez découvrir à la Maison du Roi dès le 21 août et jusqu’au 5 mai 2015. A cette occasion, le visiteur du musée pourra découvrir l’histoire des habitants de Bruxelles occupée, en parallèle et en comparaison à la vie des civils d’autres grandes villes allemandes (Hambourg et Berlin). C’est donc un point de vue encore une fois original et comparé, dans les villes, que propose la Ville de Bruxelles sur la Première Guerre. L’accent sera également mis sur les activités pédagogiques et les parcours à destination du jeune public.

Ce projet d’histoire comparée sera approfondi et étendu à l’international dans la publication annuelle des Archives, les Cahiers bruxellois. Notre équipe Archives, avec l’aide de spécialistes internationaux, s’est penchée sur la vie quotidienne des populations civiles en Europe et dans le reste du monde. C’est donc un véritable travail de recherche global qui a été entrepris pour couvrir largement le sujet.

A côté de ces premières initiatives, je peux déjà vous annoncer, nous prévoyons également de mettre sur pied différents activités (dont je ne peux pas encore vous révéler le contenu) : des concerts (Brossela), des pièces de théâtre (MAPS), des conférences, des projections (Cinéma Galeries), des parcours à destination du jeune public… Tout est encore en cours ; nous ne manquerons évidemment pas de communiquer à ce sujet à la presse dans le courant de l’année.

Remerciements aux différents services qui ont déjà beaucoup travaillé et continueront à travailler afin d’alimenter les projets (la direction du Musée de la Ville et des Archives, l’équipe du Musée de la Ville) et les partenaires avec qui nous sommes entrain de travailler au développement d’activités (Brossela, Galeries, Maps, Classes du Patrimoine, et les nombreux scientifiques internationaux…).

Lundi 27 Janvier 2014
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