Karine Lalieux, de l'audace et des convictions

Double nom: 1 bébé sur 20



Sudpresse- lundi 30 mars 2015 (p.17) : Double nom: 1 bébé sur 20- F. DE H.

Chaque jour, 12 familles profitent de cette nouvelle loi

Depuis l'entrée en vigueur de la nouvelle loi sur les noms de famille, 4,6% des enfants nés depuis lors ont reçu le nom de famille de leur papa et de leur maman. La proportion augmente, lentement mais sûrement.
Depuis le 1er juin 2014, la Belgique a rompu avec une tradition patriarcale vieille de plusieurs centaines d'années pour laisser aux parents le choix du nom que portera leur enfant. Il faut dire que l'Europe avait rappelé notre pays à l'ordre, afin de rétablir l'égalité homme-femme dans la transmission du nom de famille à l'enfant…

Une loi juste pour le principe? Pas du tout! Dix mois après son entrée en vigueur, le registre national nous apprend que 3.865 enfants de nationalité belge portent à ce jour le double nom de
famille. Ce qui, en rapport aux 83.191 enfants nés durant cette même période, représente 4,6% des enfants.

Près d'un enfant sur 20. Après deux mois, cette proportion était de 4%. Le double nom commence donc tout doucement à entrer dans les habitudes. Les parents ont le choix dans l'ordre des noms. Dans une très large majorité des cas (87%), c'est le nom du père qui vient en premier lieu.

Onze plaintes

«On ne se rue pas sur cette nouvelle possibilité de donner le double nom de famille», tempère Karine Lalieux, députée PS à la chambre. «Cette nouvelle pratique met du temps à entrer dans les mœurs et dans les habitudes. Il faut voir aussi si les administrations communales, qui ont reçu la circulaire, ont le temps de bien expliquer les possibilités aux parents».

Si la Belgique a avancé dans le bon sens, de gros soucis demeurent par rapport à cette loi. «Cette loi est inachevée», regrette Karine Lalieux. «Car je vous rappelle qu'en cas de désaccord entre les parents, l'enfant portera le nom du père. Ce qui revient à dire qu'il a un droit de veto». Ce qui n'est pas très égalitaire! Le PS avait déposé un amendement mais il avait été rejeté par le MR et la N-VA.

Du côté du Centre pour l'égalité des chances, on comptabilisait, huit mois après l'entrée en vigueur de la nouvelle loi, onze plaintes et onze demandes d'informations, pouvant mener à des plaintes. «Nous avons dans ces plaintes plusieurs cas de figure», explique Élodie Debrumetz, porte-parole du Centre. «Nous avons des mamans divorcées qui voudraient que l'enfant porte leur nom mais dont le père refuse, nous avons aussi des mères dont le mari refuse que l'enfant porte le nom de la mère».

Le Centre pour l'égalité des chances a déposé un recours devant la cour constitutionnelle pour corriger cette discrimination dans la nouvelle loi. Une décision devrait être rendue d'ici la fin de l'année. «Nous demandons à ce que le double nom de famille soit appliqué, même en cas de désaccord et que la position (d'abord le nom du père ou d'abord le nom de la mère?) soit décidé par tirage au sort».

Encore trois mois pour changer

Rappelons que si vous avez un enfant mineur, né après l'entrée en vigueur de la nouvelle loi, vous avez jusqu'au 1er juin 2015 pour éventuellement changer son nom de famille, lui donner soit le double nom, soit le nom de la mère uniquement. Mais il faut qu'aucun de ses frères et sœurs ne soient majeurs.

Lundi 30 Mars 2015
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