Karine Lalieux, de l'audace et des convictions

Droit de grève et grève sauvage: faut pas confondre!



Droit de grève et grève sauvage: faut pas confondre!

Ce dimanche, j’étais sur le plateau de Mise au Point pour débattre du service minimum et de la violence dans les transports en commun. Débat qui s’annonçait difficile ; surtout quand quelques uns exploitent l’attitude scandaleuse de certains chauffeurs des TEC liégeois pour essayer de faire croire à un comportement général et pour en réalité porter atteinte au droit de grève. Une vraie grève, ce n’est pas prendre les usagers en otage ; une grève sauvage c’est vraiment se foutre du monde et prendre en effet les usagers en otage.
Ce que j’ai voulu éviter dans ce débat c’est justement qu’on se serve de cet exemple des TEC à Liège pour décrédibiliser tous les travailleurs, tous les syndicats et le droit de grève.

J’ai d’ailleurs rappelé que la grève, la vraie, celle qu’il faut défendre à tout prix, est l’arme ultime que les syndicats brandissent lorsque les négociations qu’ils mènent avec leurs patrons sont dans l’impasse. Les patrons des syndicats n’en abusent pas ; ils menacent d’abord d’un préavis, puis déposent le préavis, ce qui laissent encore minimum 8 jours pour arracher un accord ; et puis soit ils partent en grève, soit ils lèvent le préavis. Mais là les usagers, même si ils râlent, sont prévenus, ils ne sont pas pris en otage, ils peuvent trouver une alternative. Les grèves à la japonaise, avec le travailleur qui met un brassard noir à sa chemise, n’impressionnent pas nos patrons, ne forcent pas un changement dans le rapport de force. Si les travailleurs de VW avaient mis un brassard noir pour manifester leur colère et négocier avec la direction, je ne suis pas sûre qu’on aurait pu éviter un clash social total !

Pour en revenir au service minimum, il y a aujourd’hui quelques mois que les libéraux essayent de faire passer leur proposition sur le service minimum à la chambre ; tous les autres partis démocratiques, y compris le cdh de Mme Milquet et de M. Antoine ;-), s’y opposent. Pourquoi ?

Chez nous, ce n’est pas parce qu’on aurait peur de « notre » syndicat. Je ne me gêne pas pour dire que couvrir une grève sauvage comme celle des TEC à Liège la semaine dernière est irresponsable et inacceptable.
Il y a principalement deux raisons qui m’ont poussée à voter contre le service minimum proposé par le MR.
La première, c’est que je suis convaincue que cette question doit être négociée entre partenaires sociaux. On n’imposera pas d’autorité le service minimum et c’est faux de dire que les syndicats refuseraient de se mettre autour d’une table pour en discuter. La seconde, et elle coule source, c’est que l’idée de service minimum contient en elle-même une menace pour le droit de grève. Assurer le service minimum de la SNCB ça revient à réquisitionner plus de 70% des cheminots, difficile de dire qu’on ne restreint pas le droit de grève. Si on doit avoir un service minimum, ce sont les partenaires sociaux qui doivent le décider. Et les syndicats ne sont pas contre les gens ; il faut rester sérieux ; quand ils font des grèves où ils font rouler gratuitement les gens, on voit bien que leur cible c’est leur direction et pas les usagers.



Dimanche 22 Avril 2007
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