Karine Lalieux, de l'audace et des convictions

La lutte contre les mariages précoces et forcés franchit une nouvelle étape au Parlement

L'adoption en commission "Relations extérieures" à l'unanimité de ses membres de ma proposition de résolution relative à la lutte contre les mariages précoces et forcés dans le monde et plus particulièrement dans les pays partenaires de la Coopération belge au développement illustre l’importance pour notre commission, au-delà des appartenances à un Groupe politique, de montrer son unité sur la mise en lumière de thématiques essentielles.

C’est le cas de celle abordée ici et qui donne suite à la conférence internationale organisée par Plan Belgique et que j’ai « marrainée » avec ma collègue Nele Lijnen.

Cette conférence a permis de mettre en lumière une problématique inquiétante, à savoir celle des mariages précoces. Cette proposition de résolution constitue, dès lors, un acte parlementaire visant à assurer le suivi et le maintien à l’ordre du jour de cette problématique en la relayant au gouvernement.



La lutte contre les mariages précoces et forcés franchit une nouvelle étape au Parlement
Chaque jour, 39 000 filles mineures s’entendent dire qu’elles seront mariées avant leur majorité, soit 27 filles par minute. En 2010, on a recensé dans le monde 67 millions de femmes de 20 à 24 ans mariées alors qu’elles étaient encore mineures. D’après le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), si rien ne change, elles seront 142 millions à la fin de la décennie et 151 millions dans la décennie suivante (2021-2030).

Jamais dans l’histoire, les pays en développement n’ont eu une population aussi jeune. Il s’agit donc d’une problématique mondiale en recrudescence ayant un impact dévastateur et qui appelle une réaction politique globale, comme toutes les violences faites aux femmes (mutilations génitales, répudiations, etc.). Ces mariages précoces condamnent en effet littéralement des milliers de jeunes filles à subir des situations dramatiques sur le plan personnel, social, économique et de leur santé. Bien qu’illégaux dans de nombreux pays, les mariages d’enfants existent sur tous les continents. Les régions les plus affectées sont l’Afrique, l’Asie du Sud et l’Amérique centrale. Dans ces pays, la pauvreté et des traditions discriminatoires poussent les familles à marier leurs filles très jeunes.

Je suis convaincue qu’aucune culture, aucune religion, aucune coutume ne peut servir à légitimer des actes qui mettent à mal l’égalité des genres et l’intégrité physique et psychologique des femmes.

En effet, les droits des hommes et des femmes sont identiques, quelles que soient leur origine, leur situation sociale ou géographique. Aucune discrimination en la matière ne peut être admise. Si géographiquement ce phénomène est relativement concentré, il s’agit bien d’un combat mondial.

Cependant, s’attaquer à cette problématique n’est pas simple. En effet, ce n’est pas parce que l’on condamne que tout est résolu pour autant. Lorsque l’on fait face à une problématique qui concerne près de 75 % des femmes de 20-24 ans au Niger (pays qui plus est partenaire de la Coopération belge) par exemple, il serait illusoire de dire « y a qu’à ». Cette question doit, dès lors, être envisagée sur le long terme et sous l’angle des normes sociales, de la lutte contre la pauvreté, de la scolarisation des filles et jeunes femmes, du développement et de l’émancipation. Le fait qu’il s’agit d’un problème complexe ne peut être un prétexte à l’inaction.

Le changement est et doit être possible via une approche horizontale. Des initiatives concrètes doivent donc être prises tant au niveau des autorités des pays concernés qu’au niveau de la communauté internationale, de l’Europe et de la Belgique où ce phénomène touche plus particulièrement sept de nos dix-huit pays partenaires actuels de la Coopération au développement.


Au niveau du pouvoir exécutif, la Belgique – via sa Coopération au développement – fait partie des bons élèves. Si, comme le souligne le rapport de Plan Belgique, on peut faire plus, l’adoption sous l’impulsion de l’ancien ministre Labille de la nouvelle loi sur la Coopération en développement constitue un pas essentiel et positif dans la mesure où elle définit notamment la question du genre comme une thématique transversale pour notre Coopération au développement.

Cette loi est cependant un cadre général qu’il revient maintenant de mettre en œuvre, notamment dans le cadre de la prise de position belge et celle de l’Union européenne en ce qui concerne les OMD post-2015.

Par l’adoption aujourd’hui de cette résolution en commission, le Parlement prend donc à bras le corps son rôle de plaidoyer. Il faut, pour ce faire, oser poser les questions qui fâchent et lever certains tabous y compris dans nos rencontres bilatérales au sein de l’UIP par exemple.

Cette prise de position indispensable n’est dictée ni par le paternalisme ni par le néocolonialisme, mais bien par notre refus total des violations des droits fondamentaux où qu’elles se produisent.

Ce texte qui rassemble presque tous les Groupes de notre assemblée constitue une opportunité de lutter contre ce phénomène inquiétant et, plus largement, contre les atteintes aux droits de la femme partout dans le monde.

Dans le cadre des débats sur les notes d’orientation, le gouvernement a montré qu’il était convaincu que l’enseignement pour les filles est le meilleur remède contre l’explosion de la démographie, les mariages d’enfants et la discrimination. Face à l’explosion démographique qui sévit dans certains pays, il est également nécessaire d’accorder suffisamment d’attention à la problématique des droits sexuels et reproductifs. Le gouvernement aura désormais le soutien plein et entier du Parlement. Un soutien qui impose aussi, j’en suis convaincue, le besoin d’être suivi dans les faits tant d’un point de vue budgétaire que de mise à l’agenda ou de positionnements dans les forums européens et internationaux. Des forums où, nous le savons, des conservatismes sévissent encore et toujours lorsqu’il s’agit d’évoquer le droit des femmes.

C’est ainsi que le texte qui nous est soumis aujourd’hui demande notamment au gouvernement d’intégrer la question du genre systématiquement dans la rédaction des futurs programmes de coopération et de maintenir la question des droits sexuels et reproductifs et celle du genre – en ce compris la question des mariages précoces et des violences liées au genre – en haut de l’ordre du jour et des priorités de la Belgique dans le cadre des négociations des OMD post-2015.

Mais au-delà de l’impact des mariages précoces sur les jeunes filles elles-mêmes, ceux-ci ont également des conséquences étendues sur les familles, les communautés et l’ensemble de la société au détriment du développement.

Je remercie encore une fois tous mes collègues (Nele Lijnen, An Capoen, Véronique Caprasse, Georges Dallemagne, Roel Deseyn, Gwenaëlle Grovonius, Fatma Pehlivan, Benoît Piedboeuf, Benoit Hellings) pour leur cosignature et également pour leur soutien aujourd’hui à ce texte.

Mardi 10 Février 2015
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