Karine Lalieux, de l'audace et des convictions

Le Centre de défense sociale de Paifve est oublié par le Ministre de la Justice



Le Centre de défense sociale de Paifve est oublié par le Ministre de la Justice
J'ai récemment posé une question au Ministre de la Justice, Koen Geens (CD&V) à propos de l’établissement de défense sociale de Paifve Une fois de plus, j’ai relevé la flagrante contradiction entre la déclaration gouvernementale et les décisions budgétaires.

Pour rappel, le régime au sein de cet établissement se situe à mi-chemin entre un régime pénitentiaire et la vie dans un hôpital psychiatrique, justifié par l’état des personnes inculpées et atteintes d’un trouble mental.

Dans la déclaration, le gouvernement a émis sa volonté de prévoir des moyens budgétaires suffisants en vue de garantir aux internés de pouvoir être pris en charge dans des infrastructures adaptées et faire l'objet de soins et d'un suivi adéquat, volonté que je partage bien sûr. Pourtant, à côté de cela, on remarque que le personnel de Paifve ne sera pas renouvelé lors du départ des uns et des autres. Sur 3 psychiatres, il n’en reste plus que deux qui travaillent 24h/semaine pour 208 internés. Sur les 4 psychologues, deux contrats ne seront pas renouvelés. Sur les deux psychologues restants, un travaille à mi-temps. Pour 208 internés qui ont des pathologies psychiatriques lourdes et qui, pour la plupart, ont commis des faits assez lourds, 2 psychiatres à raison de 24 heures par semaine et 1,5 psychologue n’est absolument pas suffisant. A cela s’ajoute également le non-remplacement d’un généraliste et le fait que le deuxième ne vient qu’une à deux heures et ce, 4 jours par semaine seulement …

Ce n’est pas anodin si la Belgique a été condamnée à 14 reprises par la Cour européenne des droits de l'homme à cause de la prise en charge inadéquate de ses internés ! Bien sûr, le Ministre actuel n’est pas responsable de la situation passée mais à présent, il a les clés en main pour prendre des décisions futures qui s’imposent et affirmer ses priorités.

Le témoignage d’un psychiatre et de personnes qui y travaillent est glaçant: pour eux, l’établissement de Paifve est au bout du monde. En réalité, le centre de Paifve, c'est la misère humaine. Par manque de moyens, il n'y a plus de suivi possible de ces personnes profondément malades, ayant des pathologies lourdes. On peut dire aujourd'hui qu'on n'assure pas la loi sur les internés ni le traitement digne minimum des internés.

Dans sa réponse, si le Ministre assure que la situation de l'établissement de défense sociale de Paifve lui tient à cœur, il est étonnant qu’il se décharge de sa responsabilité sur le comité de direction au SPF Justice et l’Inspection des Finances ! C’est lui qui est ministre et qui doit fixer ses priorités politiques en justice, non l’administration !

On ne peut pas dire "Je tiens à ce que ces personnes soient traitées dignement" et ajouter "mais je m'en remets au comité de direction et à l'Inspection des Finances". Politiquement, c’est inacceptable!

Le Ministre doit faire le tri entre ce qui est nécessaire et indispensable et le reste en fonction de ses priorités et de ses convictions. Etre Ministre, ce n’est pas faire de l’administratif !

Pour ma part, je sais que tout est nécessaire et indispensable à la Justice et j'aurais espéré une exception de Justice comme il existe une exception culturelle.

Je demande instamment au Ministre CD&V d’être plus interventionniste et volontariste dans cette problématique.

Encore une fois, cette problématique montre que le CD&V se trouve “mal-à-droite” au sein de ce gouvernement d’ultra-droite qui laisse littéralement tomber toutes les personnes en difficulté, oublieux d’une partie de la population, de ses obligations à assurer l’intérêt général et à garantir une société juste. Que les Ministres de ce parti ne se dédouanent pas sur le dos de l’administration et assurent leurs convictions si elles sont réelles !

Mercredi 3 Décembre 2014
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