Karine Lalieux, de l'audace et des convictions

Les fausses bonnes idées du MR et du Cdh en matière d'emploi



Les fausses bonnes idées du MR et du Cdh en matière d'emploi
Le MR et le CDH veulent mettre en place un système de « contrat épargne-temps ».

Qu'est-ce que cela signifie ?

Il s’agit de laisser une totale liberté contractuelle entre l’employeur et le salarié au niveau de l’organisation du temps de travail : chaque travailleur serait « libre » d’ « épargner du temps de repos», de prester des heures supplémentaires non rémunérées et comptabilisées afin de prendre « dans le futur » un congé plus long.

Le but affiché est de permettre à un papa de comptabiliser des heures supplémentaires et de récupérer des jours de congé non pris au bout de quelques années afin d’avoir du temps pour ses enfants.

J’ai envie d’ajouter non sans amertume: s’il est encore vivant ou en état de s’en occuper!

Pourquoi suis-je absolument contre ?

Parce que cela comporte énormément de risques pour les travailleurs, surtout les plus faibles ! Nous savons tous que dans la relation employeur-salarié, c’est le salarié qu’il faut protéger. Aujourd’hui, les emplois sont trop rares, la pression trop forte pour « déréguler » le temps du travail et le laisser aux mains des employeurs.

Les dangers sont les suivants :

  • une pression continue de l’employeur pour que les salariés ne prennent pas tous leurs jours de congé et prestent des heures supplémentaires ;

  • un burn-out (déjà bien présent dans le monde du travail) chez des travailleurs pour cause de manque de temps de repos, d’un trop plein d’heures supplémentaires ;

  • un chantage continu à l’emploi par l’employeur vis-à-vis du travailleur qui voudrait prendre ses jours de congé en temps normal ou refuserait d’effectuer des heures supplémentaires non rémunérées ;

  • une hausse des accidents de travail (dans tous les emplois où une attention continue est importante) ;

Du point de vue global, il s’agit également d’un message lancé aux employeurs : n’engagez plus du personnel si la charge de travail augmente, demandez à vos travailleurs de travailler plus, pour rien (au nom d’une épargne-temps future et hypothéthique) !

Cette proposition heurte mes convictions socialistes que se fondent sur un partage du travail, des conditions humaines du travail et sur un cadre légal dans l’organisation du travail afin de contrer les abus.

Aussi, j’aimerais que le MR et le CDH s’expliquent sur la faisabilité d’une telle libéralisation : que faire si le travailleur change d’employeur ?

Cela signifierait-il une charge pour le nouvel employeur, c’est-à-dire un argument de poids pour ne pas engager le travailleur qui a x jours de congé dans son « compte épargne temps » à moins qu’il ne les abandonne ?

Ou alors, le compte serait-il automatiquement remis à zéro, ce qui serait inacceptable !

L’employeur n’aurait plus qu’à licencier après avoir donné l’illusion de congés futurs…

Et je ne pose même pas la question au cas où l’entreprise fait faillite !

Mercredi 2 Juin 2010
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