Karine Lalieux, de l'audace et des convictions

Loi anti-squat : circulez, il n’y a pas de crise du logement…



Circulez, il n’y a pas de crise du logement…

A Bruxelles, comme dans les autres grandes villes belges et européennes, la crise du logement est une réalité. Loyers exorbitants, précarisation des logements, manque de logements sociaux, et ce malgré les efforts des autorités…. Et pourtant c’est dans cette situation que le gouvernement fédéral décide que la priorité en cette matière est …. de voter une loi “anti-squat”.

Ce projet de loi qui devait être voté en juin mais pour lequel nous avons obtenu une deuxième lecture en cette fin septembre, a été vivement critiqué par le Conseil d’Etat et par les magistrats, eux-mêmes. Et pour cause !

Ce projet renverse littéralement des principes fondamentaux de notre société dont l’inviolabilité du domicile et le droit à un logement décent. Ces principes qui garantissent le respect de la dignité humaine sont rejetés au profit du seul droit de propriété – et ici, nous parlons d’un droit de propriété sur un/des immeubles INOCCUPES depuis des années … mais qu’importe, semble-t-il, pour la majorité fédérale de l’ultra-droite !

Il est inacceptable qu’il y ait d’un côté des propriétaires qui laissent leur bien sans occupation et sans entretien et de l’autre des personnes à la rue qui, souvent pour des raisons financières et de précarité, ne trouvent pas de logement. Une absurdité que pourtant le gouvernement MR-NVA cautionne et favorise par cette loi.

A côté de la problématique des logements au sens propre, le projet vise également à pénaliser tous les travailleurs qui, pour contester une décision patronale, occuperaient le lieu de leur travail. Rappelons l’affaire LIP où des ouvriers occupèrent l’entreprise pour sauver celle-ci d’une mise à mort certaine ou encore lorsque des ouvriers veulent sauvegarder l’outil et la production, comme monnaie d’échange, pour négocier la restructuration ou la fermeture de l’entreprise. Troisième principe mis à mal par ce projet : le droit de grève.

Ajouté à ces violations en règle de nos principes démocratiques, une procédure où les règles fondamentales du procès équitable ne sont pas respectées.

A l'ordre du jour de la séance de ce jeudi, je voterai évidemment contre ce projet (comme tout le groupe PS), car il est inacceptable de donner une telle réponse aux problèmes de logement actuels et aux futurs conflits sociaux !

Pour terminer, je voudrais juste rappeler le cynisme des partis au pouvoir et notamment le MR qui, en juillet, n’avait pas hésité à faire sa publicité à Etterbeek, en exerçant le droit d’un bourgmestre de réquisitionner un immeuble vide pour loger des personnes sans-abris et sans papiers. Quelle cohérence avec le projet qu’il s’apprête à voter ?

Où était-ce juste un moyen de se faire un peu de publicité dans un été plongé dans la problématique des personnes migrantes ? Surtout qu’il y a quelques semaines, ce même bourgmestre a jeté les sans-papiers dehors. Heureusement, le Bourgmestre de la Ville de Bruxelles a réquisitionné un hôtel (avec accord du propriétaire) pour reloger ces personnes en souffrance.

Ce projet reflète un flot d’incohérences !

Ainsi, qu’en sera-t-il de cette loi après l’adoption de la loi anti-squat ? Qu’en sera-t-il des propriétaires qui laissent leur bien sans occupation pendant des années dans le seul objectif de spéculer et faire une plus-value et que la Région Bruxelloise pénalise à juste titre ? Et surtout : qu’en sera-t-il du droit au logement et à l’inviolabilité du domicile ?
Il est clair que le Gouvernement MR-NVa a choisi une fois de plus de mettre à mal la solidarité et de maltraiter les plus fragilisés.


Mercredi 4 Octobre 2017
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