Karine Lalieux, de l'audace et des convictions

Réponse à Bianca Debaets (CD&V) sur la programmation du Théâtre de Poche



Lors du dernier conseil communal de la Ville de Bruxelles, j'ai été interpellé par une conseillère CD&V sur un pièce "Les monologues de la marijuana" qui se joue au théâtre de Poche, théâtre subsidié par la ville, notamment. Cette pièce est reprise sur le site de la Ville de Bruxelles et des places gratuites y sont offertes.

La conseillère communale se dit non seulement choquée que ce spectacle (qu'elle n'a pas vu!) mais aussi et surtout par le fait qu'il soit repris sur le site de la ville. Elle accuse donc l'administration et moi-même de faire l'apologie de la consommation de drogue douce.

J'ai bien entendu défendu la programmation du théâtre, leur liberté de choix artistique et ce pour plusieurs raisons.

Outre la qualité des spectacles qui y sont produits depuis 70 ans, le Poche est connu pour les thématiques sensibles qu’il ose aborder. Les grands débats de société, la discrimination et l’intolérance sont des sujets récurrents. Le Poche aime faire résonner l'actualité avec ses inégalités sociales, ses folies et ses contradictions. Et en tant qu’Echevine de la Culture, je respecte ça.

Je trouve franchement réactionnaire et conservateur d’être choqué par ce spectacle parlant de marijuana. Je pense qu’il est préférable de parler de la consommation de drogues douces ouvertement, à travers un médium social comme le théâtre, que d’essayer en vain de la cacher.

Par ailleurs, il me semble primordial d’accorder aux théâtres une liberté artistique totale. Ce n’est pas le rôle d’une Administration ou d'une Echevine que d’interdire certains sujets, sinon cela s’apparenterait à de la censure. Le critère des « gens qui se sentent blessés » ne peut jamais être utilisés pour écarter un spectacle. Sauf, bien sur s'il s'agit de négationnisme, de racisme, d'antisémitisme,....

Je tiens également à rappeler à ceux qui ne connaissent pas ce théâtre, que le Poche a toujours une démarche pédagogique en amont. Ils rencontrent chaque année des professeurs, des maisons de jeunes et autres associations de quartiers pour évoquer leur programmation et leur proposer de mettre en place des animations qui permettent de traiter les sujets en amont.

Enfin, un dernier élément, qui concerne l’affiche. Le code couleur n’est pas une feuille verte sur un fond rasta, mais une feuille noire sur fond orange, qui rappelle les couleurs du poison. Il n’y a donc vraiment aucune intention de faire l’apologie de la drogue.

Cette question démontre combien il est important que le politique ne soit pas interventionniste dans des choix culturels et que la liberté artiste doit encore être défendue face à certains élus frileux et intolérants.

Mardi 12 Novembre 2013
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